Qui arrive, qui reste et qui repart.
Ces listes reposent sur la première et la dernière écoute de chaque espèce. Une espèce silencieuse depuis une semaine est probablement repartie vers le sud, sans certitude toutefois (le silence d’un micro ne prouve pas l’absence d’un oiseau).
Nouveaux venus
Première écoute depuis moins de 10 jours.
Toujours là
Entendus ces trois derniers jours, arrivés plus tôt.
Partis, probablement
Silencieux depuis 7 à 45 jours.
La saison, espèce par espèce.
Chaque ligne correspond à une espèce (dans l’ordre de sa première écoute) et chaque case à une semaine ou à un jour. Plus la case est foncée, plus les épisodes ont été nombreux. Les vagues se lisent de haut en bas, des nicheurs d’août aux limicoles de passage en septembre, jusqu’aux oiseaux qui annoncent l’hiver.
Les vagues, groupe par groupe.
Le premier graphique empile les épisodes de chaque semaine par groupe d’espèces. Le second, la courbe d’accumulation, donne le nombre d’espèces différentes reconnues depuis l’installation de la station.
Épisodes par semaine
Une semaine sans écoute complète (panne, coupure) paraît plus calme qu’elle ne l’a été.
Courbe d’accumulation des espèces
Chaque marche correspond à une nouvelle espèce. La pente s’adoucit à mesure que la saison avance, puis se redresse avec l’arrivée des oiseaux d’hiver.
À quelle heure chante la toundra ?
Chaque colonne représente un jour et chaque rangée, une heure. Les deux lignes suivent le lever et le coucher du soleil calculés pour le campement. On y voit le chœur de l’aube se décaler à mesure que les jours raccourcissent.
Le vent, le froid et les oiseaux.
Ces graphiques donnent le nombre moyen d’épisodes par heure de clarté, selon le vent et la température mesurés à la même heure. Ils se lisent avec prudence. Le vent fort couvre les chants et rend le micro un peu dur d’oreille. Le froid, lui, arrive en même temps que la fin de la saison. On y voit donc ce que la station entend, ce qui n’est pas tout à fait la même chose que ce que font les oiseaux.
Les sons et leurs spectrogrammes.
Pour chaque espèce et chaque jour, la station publie l’extrait de six secondes dont elle est le plus sûre. Le spectrogramme montre les fréquences (de 0 à 12 kHz, à la verticale) au fil du temps. Un clic sur l’image lance l’écoute et un curseur suit le son. Un filtre écarte d’office tout segment où une voix humaine est reconnue.
Toutes les espèces entendues.
Un clic sur un en-tête trie le tableau. Le petit histogramme résume la confiance du modèle pour chaque épisode, de 70 % à gauche à 100 % à droite. La mention « à valider » signale une espèce entendue rarement et avec une confiance modeste, qu’il vaut mieux réécouter avant d’en tirer quoi que ce soit.
Les oiseaux en innu-aimun
13 mots · innu-aimunNommer un oiseau dans la langue du territoire le rattache au monde qui l’a vu naître. Ces mots sont tirés du mémoire de J. Bishop et transcrits en orthographe moderne. L’innu-aimun connaît des variantes dialectales et le parler des Mushuau-Innus a ses propres formes (on dira parfois autrement d’une communauté à l’autre).
Douze autres mots du territoire, du caribou au tambour, sont réunis dans le glossaire de la page d’histoire.
Le grizzli de l’Ungava, une présence fantôme.
Pendant plus d’un siècle, chasseurs innus et inuits, commis de la Compagnie de la Baie d’Hudson et explorateurs ont parlé d’un grand ours brun des terres sans arbres, plus gros et plus redouté que l’ours noir. Faute de spécimen, on a longtemps douté de son existence. Puis, au milieu des années 1970, l’archéologue Steven Cox met au jour un crâne de grizzli (Ursus arctos) dans les déchets d’une maison de tourbe inuite du XVIIIe siècle, sur l’île d’Okak, au Labrador. Pour Stephen Loring et Arthur Spiess, cette découverte « a mis fin à la formulation d’hypothèses à propos de l’existence de cette espèce sur les terres stériles du nord du Québec et du Labrador ».
Leur article de 2007 verse deux nouvelles pièces au dossier. La première est une photographie prise en août 1910 par William Brooks Cabot au lac Kaiaukuapiskasts, que Cabot appelait Long Pond, sur le sentier innu qui reliait le campement de Tshinutivish, au Mushuau-nipi, à la baie de Voisey. Un crâne d’ours y est attaché au sommet d’une perche, comme les Innus le faisaient par respect pour l’animal. Les auteurs ont comparé son profil à ceux de six grizzlis et d’une quinzaine d’ours noirs des collections du Smithsonian. Le front creusé du crâne ressemble à celui des grizzlis des Territoires du Nord-Ouest et du crâne d’Okak, davantage qu’à celui de tous les ours noirs de l’est du Canada qu’ils ont examinés. Ils restent prudents : « nous reconnaissons que cette attribution ne peut être concluante ».
La seconde pièce est un manuscrit inédit de Lucien Turner, naturaliste du Smithsonian posté à Fort Chimo de 1882 à 1884. Turner y décrit un ours des terres stériles qui hante précisément la vallée de la rivière George.
« Une espèce d’ours, que l’on suppose être l’ours des terres stériles, est bien connue dans les étendues peu boisées le long de la rivière George, depuis une trentaine de milles de son embouchure jusqu’aux sources. Cet animal n’est pas abondant, quoique assez commun, et trop commun au goût de certains Autochtones, qui en ont une crainte salutaire. »
Turner n’a jamais pu se procurer un spécimen, malgré la forte récompense promise, mais il en a vu deux peaux. Les Innus l’appelaient matashu. Vers 1870, un chasseur du lac Pettisikapau en aurait tué trois après qu’ils eurent attaqué une femme. Vers 1911, un Innu de Sept-Îles en aurait vu un sans oser tirer. En 2004, Francis Benuen racontait encore que son père, avant 1930, avait tué deux oursons dont il n’avait jamais vu la mère. Jacques Rousseau, qui traversait la péninsule en 1948, en parlait déjà au passé : « Autrefois, paraît-il, on apportait aux postes de la Compagnie de la Baie d’Hudson des peaux d’un ours grizzly de la toundra […]. Ils ont même déserté la mémoire des Indiens. »
Loring et Spiess situent le cœur probable de cette petite population autour du lac Kameshtashtan (Mistastin), à l’est du Mushuau-nipi, et pensent qu’elle a survécu jusqu’au XXe siècle. Leur conclusion a quelque chose de mélancolique : « Bientôt, il ne restera plus aucun souvenir des grizzlis chez les gens de la région de l’Ungava. » Le micro du campement n’entendra pas ce grand ours brun, et ce qu’on en sait tient désormais aux archives et aux récits qui en restent.
Citations de Turner, de Loring et Spiess (sauf la première, tirée du résumé français de l’article) : notre traduction. Sources : Stephen Loring et Arthur Spiess, « Further Documentation Supporting the Former Existence of Grizzly Bears (Ursus arctos) in Northern Quebec-Labrador », Arctic, vol. 60, n° 1, 2007, p. 7-16; Jacques Rousseau, À travers l’Ungava, 1949, p. 126.
Méthode et données
Le micro (une capsule Clippy EM272) enregistre en continu. Le modèle BirdNET (version 2.4) analyse le son sur place, sur le Raspberry Pi de la station, avec les réglages suivants.
- Seuil de confiance de 0,75 (0,70 jusqu’au 16 octobre 2026). En dessous, rien n’est retenu.
- Sensibilité de 1,25 et filtre d’occurrence des espèces selon la semaine et la position (56,40° N, 64,76° O).
- Fenêtres de trois secondes qui se chevauchent de 1,5 seconde (2 secondes jusqu’au 16 octobre 2026). Chaque instant est donc analysé plus d’une fois, d’où la notion d’épisode : les détections d’une même espèce séparées de moins de 2 minutes forment un seul épisode. Contrairement aux détections brutes, les épisodes restent comparables d’une période à l’autre.
- Filtre de confidentialité. Tout segment où une voix humaine figure parmi les dix premières hypothèses du modèle est écarté, avec ses voisins.
Un modèle automatique se trompe parfois, surtout pour les espèces rares ou hors de leur aire. Celles qui sont signalées « à valider » méritent une réécoute. Les données appartiennent à la Corporation du Mushuau-nipi.
Données ouvertes, format CSV : détections brutes · épisodes · données météo.